Détective privé : questions à un militant SSP aux HUG

vendredi 28 avril 2017
par  SF

Questions à un militant SSP aux HUG

En engageant un détective privé, les HUG ont-ils enfreint une ligne rouge ?

David Andenmatten – En général, les HUG respectent la loi et le règlement. Mais le cas que nous dénonçons est emblématique, car il s’agit d’une pratique inconnue à l’hôpital jusqu’à présent, par laquelle ce dernier viole clairement ses propres statuts. En plus, cette nouvelle tombe après que la Cour européenne des droits de l’homme a statué contre une compagnie d’assurances suisse qui avait utilisé le même procédé contre un assuré. Nous avons décidé de dénoncer ce cas à la presse après avoir écrit plusieurs lettres, demandant à la direction que le licenciement soit annulé. Mais celle-ci ne veut pas entrer en matière. Elle refuse même de reconnaître les droits syndicaux du salarié en question, sous prétexte qu’il a fait appel à un avocat pour sa procédure au tribunal. Or l’un n’exclut absolument pas l’autre. On est donc en présence d’une violation des droits syndicaux. Malgré nos demandes, la direction ne veut pas discuter. Elle pratique un partenariat social à la carte.

De notre côté, nous demandons l’annulation du licenciement, l’arrêt immédiat de telles pratiques – l’engagement d’un enquêteur privé - , inadmissibles, et le respect des droits syndicaux des salariés. Nous voulons aussi alerter aussi le personnel de toute la fonction publique, car de telles méthodes peuvent être étendues.

L’épisode intervient dans un contexte tendu …

Oui. Il s’agit d’un pas en plus, dans un contexte de pressions constantes sur le personnel. Depuis des années, le personnel sur le terrain est mis sous une pression folle, avec des heures de travail à rallonge, des exigences de qualité très élevées, alors que les conditions de travail se dégradent. Et les prestations s’en ressentent aussi. Il existe une inégalité de traitement énorme entre les hauts cadres, qui représentent aujourd’hui 15% du personnel, et les salariés sur le terrain. Les cadres supérieurs peuvent agir comme ils l’entendent, la plupart du temps sans aucune conséquence. Toute cette évolution s’inscrit dans la politique de concurrence entre privé et le public introduite par la Loi sur l’assurance maladie (LAMal). Le personnel et les patients en font les frais.

Bernard Levrat, à la tête des HUG depuis 2013, a promis un « hôpital plus humain ». Qu’en est-il ?

Concrètement, il n’y a aucun changement de fond depuis son arrivée. Ce qui a changé, c’est que le nouveau directeur sait bien parler. Il tient de jolis discours. Le problème, c’est qu’ils restent des discours, contredits ensuite dans les actes. Le personnel, y compris les cadres, a d’ailleurs bien compris que, dans la pratique, tout continue comme avant. Des médecins travaillent 70 heures par semaine, les règles en vigueur pour les pauses, les heures supplémentaires ou le service de piquet ne sont pas respectées. La situation devient donc très inquiétante. On note une augmentation énorme des cas d’épuisement professionnel, le taux d’absence pour cause de maladies est énorme (10,5% pour les infirmières). On a des infirmières qui tombent malades dès qu’elles entrent à l’hôpital, tellement l’ambiance est lourde.

Y a-t-il un dialogue entre la direction et les syndicats ?

On discute, on échange des propos, mais il n’y a pas de réelles négociations avec la direction. Pourtant, du point de vue syndical, on demande le minimum : que la loi soit appliquée. On n’est pas en train de revendiquer de nouveaux droits. Mais même cela, on ne l’obtient pas. On se rend compte, quand le personnel des différents services nous informe, que les droits élémentaires sont pas respectés.

Quelle est la réaction du personnel face au non-respect de ses droits ?

Quand le personnel se mobilise, comme on l’a fait par exemple en stérilisation ou dans le nettoyage, on réussit à faire bouger un peu les lignes, à imposer de petits ajustements en termes de personnel, ou le respect de la loi. Mais un hôpital n’est pas une usine, beaucoup de métiers différents s’y côtoient. Et pour le moment, on a de la peine à faire bouger le personnel dans son ensemble. Le personnel infirmier est difficile à mobiliser, car il est dévoué et a tendance à s’oublier un peu ; des secteurs comme celui du nettoyage, des laborantins, des transporteurs, etc. sont plus organisés. Mais aujourd’hui la précarité est grande à l’hôpital, avec 1200 intérimaires, de nombreux CDD, apprentis, stagiaires, chômeurs, qui viennent compléter le personnel de base insuffisant. Et quand le personnel a peur pour son emploi, il est plus difficile à mobiliser.

Interview paru dans Services Publics le 28 avril 2017